Le collectif qui vient d’éditer une 6ème compilation avec Balbino Medelin et l’acteur Sergi Lopez en « guest stars ». 90 formations musicales et 300 musiciens du département des Pyrénées-Orientales ont déjà participé à ce projet pour promouvoir l'usage du catalan dans la création artistique, pour la reconnaissance des musiciens de Catalogne Nord et pour développer les liens avec le reste des Pays Catalans.

 

La musique en catalan renforce la certitude pour les habitants des Pays Catalans de faire partie d'un espace culturel et de communication commun. La circulation de propositions musicales entre la Catalogne autonome, le Pays Valencien et les Illes Baléares est aujourd’hui naturelle, malgré le manque d’intérêt des médias et les blocages politiques. Mais en Catalogne Nord (ou P-O.66), les barrières administratives imposées depuis le 1659 par les Etats espagnol et français ont rendu plus difficile de maintenir les liens culturels et linguistiques. Une preuve de cette difficulté est la méconnaissance généralisé et mutuelle de l'offre musicale.

 

Création du Col•lectiu Joan Pau Giné

 

Après l’impulsion de « mais 68 » et la « Nova Cançó » (mouvement musical sud catalan antifranquiste) et la création du Groupe Guillem de Cabestany dans les années 70 avec, entre autres, le chanteur Joan Pau Giné, il n’y a pas eu de continuité en Catalogne Nord. “La cançó d’aquí” est revenue un simple "folklore de carte postale" pour des touristes et retraités, majoritairement dépréciée.

Cette réalité a commencé à changer radicalement en 2010, en parallèle de la 4ème Setmana per la Llengua, organisée par l'association culturelle Angelets de la Terre dans plusieurs villages de Catalogne Nord, avec des propositions artistiques en catalan aussi diverses que le théâtre, la poésie, le cinéma et la musique. Ramon Faura a proposé à quelques musiciens de créer un col•lectiu pour promouvoir la langue catalane, et a établit des liens avec des collectifs similaires de Barcelona, Valencia et Mallorca. “Nous allons fondé le Col•lectiu Joan Pau Giné pour faire perdurer l’expression roussillonnaise, mais aussi universelle et humaniste, du poète et chanteur de Bages”, explique Ramon, président des Angelets de la Terre et coordinateur du collectif, en soulignant que beaucoup de ces musiciens nord-catalans “ne parlaient pas et n’osaient pas chanter en catalan mais, comme tous les catalans du Nord, ils avaient la catalanitat enracinée au cœur et qu’il avait suffit de leur proposer”. L'objet du collectif est d’aider les groupes qui chantent déjà en catalan à diffuser leur musique, à motiver ceux qui ne le font pas encore à essayer et à montrer que la musique en catalan n'est pas uniquement havaneres et sardanes.

 

Succès du Col•lectiu et de la chanson en catalan

 

Peut-être que le facteur le plus décisif qui explique le succès de ce projet est la diversité linguistique et le métissage culturel de ce collectif, qui revendique une culture catalane ouverte au monde, avec des musiciens originaires d’Occitanie, du Maroc, d’Italie, de Bretagne, d’Angleterre, d’Haïti, etcetera. Pour Ramon Faura, il est évident que le futur de notre langue ne passe pas uniquement par les autochtones, mais aussi par le fait de partager avec les "afegits" (nouveaux arrivants) notre langue et culture, “sans dogmes ni impositions, chacun à sa façon, avec son accent et son engagement”.

"L'été du 2010, il en restait quatre qui chantaient encore en catalan et les gens s'étonnait de notre proposition", se remémore Ramon Faura, président de l'association ‘Angelets de la Terra’ et promoteur du Col•lectiu. “Mais après 6 CD, 90 formations et des 300 musiciens (qui chantent au moins une chanson en catalan) ont participé, et cela montre que ça a très bien fonctionné”. Ramon valorise cette “nouvelle impulsion” pour la création musicale en catalan et les “vocations musicales” suscités grâce aux graines plantées depuis cinq ans.

“Jamais autant d’artistes nord-catalans ne s'étaient organisés autour d'un projet commun et ici le projet est l'usage du catalan. Cela montre la vitalité et l'intérêt qu’il y a en Catalogne Nord pour le fait catalan bien que la situation puisse sembler désastreuse et malgré que la plupart de ces musiciens ne sont pas catalans d'origines. Nous mettons en évidence que le catalan est un outil de cohésion sociale, plus efficace que le français, et que la musique est la façon la plus ludique d'atteindre les gens”, explique Ramon Faura.

 

Abolition des frontières et construction des Pays Catalans

 

Outre le besoin d’une plus grande union, maintenant il ne manque plus de motifs musicaux pour effacer les frontières, puisque dans le Col•lectiu il y a une variété de musiciens et beaucoup de talent comme le confirme l’électro-pop de Llamp te Frigui, la rumba catalane de Buenasuerte, le reggae métissé de Ghetto Studio, le rock d'en Gerard Jacquet ou les poésies de Joan Ortiz, entre autres. Un jour arrivera où ces noms seront dans les programmations habituelles des radios et télévisions de tous les Pays Catalans et, en définitive, de la bande sonore de nos vies.

Fruit de beaucoup d’efforts le Col•lectiu Joan Pau Giné peut être fier d’avoir réalisé dix disques (dans lesquels ont participé environ 150 formations de tous les Pays Catalans) et deux documentaires. Et il a des projets à long terme comme la tournée hommage « Canten Giné », en collaboration avec l'association « Adiu ça va », dont Ramon Faura est à l’origine. Il a réussi à joindre pour la première fois dans un même projet des musiciens de tous les territoires de langue catalane, sans oublier l'Andorre, Formentera, Ibiza, l’Alguer ou la Frange de Ponent. Quatre-vingt-quinze formations dont Marina Rossell, Titot, l’acteur Sergi López, Projet Mut ont interprété à leur façon toutes les poésies du chanteur roussillonnais. Giné avec ses chansons poétiques, revendicatives, surréalistes, mais aussi humoristiques a était l’un des musiciens les plus populaires de Catalogne Nord, avec Jordi Barre, jusqu’à un accident de la route où il a perdu la vie en 1993, à seulement 46 ans.

La Col.lectiu et Adiu ça va veulent porter « Canten Giné » au Palau de la Musica Catalana de Barcelone et à l’Archipel des Théâtres de Perpinyà. “Un rêve” qui, dans un pays normal, ne devrait pas en être un, et qu’ils ont déjà commencé à construire en relation avec diverses associations. Cinq années après la création du Col•lectiu et autant de travaille pour donner une nouvelle voix et une vitalité à la chanson en catalan, Faura pense que ce serait un pas supplémentaire et une juste reconnaissance à Giné et à tous ces musiciens qui luttent chaque jour pour ne pas perdre la flamme de la « llengua ». Aidons la Catalogne Nord à être plus catalane et moins "afrancesada”, comme le chantait Joan Pau Giné.

 

CD6 AnthropoPhoto: La Reskape, Brain Market, Ramon & Aina Faura, Delphine Bassols, Buenasuerte (haut), AJT, Ghetto Studio, Un Air de Fête (bas)