- Présentation personnelle : Quelles sont tes origines ? Quel est ton lien avec la Catalogne Nord ?

Mes origines sont multiples. Du coté de mon père c'est assez flou, puisque mon grand-père paternel a été abandonné à la naissance devant une église à Pamplona (Pays Basque). Donc impossible de savoir, non seulement d'où étaient mes mystérieux arrière-grands-parents, ni même qui ils étaient. L'attache catalane vient de ma grand-mère paternelle, native de Corneilla-la-Rivière et de mon grand-père maternel, de Baixas, officier français mort trop tôt des suites de la Guerre d'Indochine. On parlait le Roussillonnais chez mes grands-parents paternels, autour de la table familiale, dans une petite cuisine toujours très fréquentée et très animée. C'était à Perpignan, rue Maurice Barres, non loin de l'école Saint Jean et de la place Cassanyes. Mes grands-parents paternels ayant quitté dans les années 60 les anciens HLM place du Puig. J'ai également des origines berlinoises par la mère de ma mère, ce dont je suis tout aussi fier, car je nous considère grâce à cela, comme des enfants de la Paix au lendemain de la deuxième guerre mondiale. L'amour entre deux êtres peut dépasser largement les bornes des frontières et des nationalismes. Malheureusement, le soldat de Baixas ayant vu sa vie et sa passion écourtée par un métier à risque, n'aura pas eu la possibilité de défendre ma grand-mère allemande, reniée par la famille roussillonnaise du défunt mari à son arrivée à Perpignan et bien seule pour élever ses 3 enfants, dont le métissage n'était pas aussi bien vu que par moi à l'époque. Pas d'angélisme donc, car être Catalan ne suffit pas à être "quelqu'un de bien", loin s'en faut. Etre Catalan, c'est comme être chinois ou australien, c'est avant tout le fruit du hasard d'une passion entre deux personnes qui débouche sur une naissance à un endroit donné. Ça en calmera certains.

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- Présentation de ton projet musical : Avec qui travailles-tu ?

Sur les projets du collectif, je propose en général un travail personnel. Je fabrique tout sur mon ordinateur, en home studio comme on dit. En dehors, je fais des scènes avec différents musiciens qui me font le plaisir de m'accompagner en tant que chanteur-guitariste, sur les groupes LA BRINGUE et BUENA ONDA. Je fais aussi du son au sein de la Compagnie en Tracteur, pour le polar adapté au théâtre 'SILENCE', que je co-produis et dans lequel je joue quelques scènes comme comédien, en assurant la bande-son en temps réel, grâce à mon ordinateur.

- Depuis combien de temps fais-tu de la musique ? Quel est ton style de musique ?

La musique a commencé vers 6 ans avec le piano à la maison, la guitare à 15 ans, la techno à 20, en même temps que mes études en musicologie à Montpellier, la technique vers 23 ans (une école de son, l'ITEMM), l'organisation d'évènements et le management vers 27 ou 28 ans. Pour finalement choisir la posture de chanteur-guitariste, en professionnel, à l'âge de 31 ans. Mon style de prédilection reste le reggae, mais jouer dans un seul style m'ennuierait beaucoup. J'essaye donc de maintenir cette pluralité en m'entourant de gens qui ont la même envie de diversité.

- Avais-tu déjà chanté en catalan avant de participer à cette huitième compil ?

Oui, mon père, Alex LUCAS, avait un groupe dans les années 80, qui s'appelait CALIU, dont il me reste un vinyle d'un enregistrement à Prades. Les arrangements d'Henri XERIDAT au piano, les textes de mon père, d’Albert BUENO ou de Charles DEL AGUILA ont bercés mon enfance, même si je n'en comprenais alors pas du tout le sens. Mon père me chantait "Bages" de Joan Pau Giné dans la voiture et je répétais ces paroles avec lui. J'ai 4 ou 5 chansons en catalan dans mon répertoire courant.

- Que connais-tu de la musique en catalan ?

Celle de mon père, ses compositions, et celles qu'il chantait toujours autour des grandes tablées, quand venait le moment de sortir la guitare. Mais lui aussi ne se limitait pas à chanter qu'en catalan, il chantait en français, en espagnol et dans un vague anglais, presque phonétique, qu'il avait entendu par Dylan et Simon and Garfunkel. Ainsi il ne captivait pas qu'une petite partie de passionnés mais tous ceux qui aimaient la musique dite populaire. C'est également un bon interprète de Peret et de rumba catalane.

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- Pourquoi participes-tu au Col.lectiu Angelets de la Terra ?

Toute personne née à Perpignan est amenée à se positionner à un moment sur sa Catalanité. Ça n'a pas été simple. Ne parlant pas la langue, j'ai vécu un temps cette identité de manière un peu schizophrénique. A mes amis étudiants à Montpellier, je me revendiquai Catalan, mais une fois la frontière passée au Sud, même si je me sentais bien et me débrouillais en mélangeant le catalan, l'anglais et l'espagnol, je me sentais bien plus franco-roussillonnais que catalan, sans maitriser la langue. Au stade, je me parais des couleurs sang et or avec fierté, mais à la fac, j'ai raté mon examen d'initiation à la langue qui était celle de mes voisins du Sud et dont je me revendiquais. En fait, la France avait, avec ma génération et après 3 siècles de rattachement, achevé le processus de "francisation" de mon département et donc de moi-même. Un succès tel, qu'il ne m'a jamais été proposé avant la fac d'apprendre à le parler à l'école, au collège et au lycée. Le collectif me permet de me rattacher à une langue qui se perd ici, à une histoire frontalière complexe et de mieux m'y situer. Mon fils apprendra le catalan à l'école, comme ses frères ainés, et si je suis français, j'en reste néanmoins Catalan de cœur, bien plus proche de la mentalité de Gérone que de celle de Paris.

- Comment s’est passé cette expérience ? Qu’es-ce-que cela t’a apporté ?

C'est plutôt agréable de paraître plusieurs fois sur ces compilations qui sont distribuées de part et d'autres de la frontière. Je n'aime pas tout dedans, mais ça fait parti du jeu. Chacun peut mettre sa touche, sa façon de faire. Je pense que je toucherai des gens qui n'auraient jamais entendu parler de ma musique sans ce disque et l'idée me plait.

- Chantes-tu en catalan lors de tes concerts ?

Pas un de mes concerts ne se fait sans un clin d'œil à la langue catalane. Non pas pour être dans les petits papiers de ceux qui la défendent politiquement et financièrement mais car elle fait partie de mon patrimoine de chanteur et que j'aime la faire entendre et découvrir.

- Souhaites-tu intégrer d’autres morceaux en catalan dans ton répertoire ?

Je verrai, je choisi en fonction de la sensation que me procure une chanson, qu'elle soit en anglais, en catalan ou en français. L'essentiel reste ce qu'elle raconte et comment je la reçois. C'est seulement çà qui fait qu'elle entre ou pas dans un de mes répertoires. Donc tout reste ouvert, bien sûr.